En 1997 lors de mon installation en tant que producteur de rosiers dans les Alpes de Haute-Provence, j’ai demandé conseil à une station technique horticole pour les choix de culture. Le technicien de la région Lyonnaise, très compétent dans ce domaine, m’a suggéré la mise en place d’une multiplication de rosiers par bouturage, particulièrement pour les variétés anciennes. Il se proposait même d’associer un programme d’expérimentation dans sa station technique. Riche de mes expériences de greffage du rosier en pépinières angevines, je n’ai pas osé prendre de risques et j’ai opté pour le traditionnel greffage en écusson.

Il faut dire que la culture française du rosier est bien ancrée dans sa tradition du greffage. L’histoire de la Rose est très riche et témoigne de la volonté acharnée d’hommes à dompter la biodiversité en exploitant la complexité génétique du genre Rosa. Au début du siècle l’apparition des premiers hybrides modernes impose la multiplication par greffage pour palier aux faiblesses de ces nouveaux types de rosiers.  Jusqu’à cette période le bouturage était la méthode utilisée pour reproduire les rosiers des jardins. J’ai d’ailleurs un témoignage trouvé dans un vieux livre intitulé «  L’art de bouturer », publié en 1910, qui nous dit : « Enumérer les nombreuses espèces de Rosiers et les multitudes de variétés seraient oiseux dans cet ouvrage. Qu’il nous suffise de dire que les plus belles d’entre les autres Roses sont celles dont les rosiers se font le mieux de boutures ».

Conjointement à la découverte de cet ancien ouvrage riche d’enseignements, la rencontre avec un pépiniériste italien pratiquant le bouturage depuis 30 ans sur 500 rosiers anciens et modernes est le déclic. Je fais alors des essais de plantation et de culture à l’abbaye de Valsaintes. Je comprends très vite les avantages du retour à cette technique de multiplication des rosiers qui donne comme résultats :

  • Un rosier sans rejet de sauvageons, ces pousses du rosier porte-greffe qui tuent le rosier greffé si on les laisse croître.
  • Un rosier pouvant repartir de ses racines en cas d’hiver un peu trop rigoureux  alors que s’il est greffé ce sera le retour au sauvage.
  • Un rosier avec une durée de vie beaucoup plus longue : ces vieux rosiers qui résistent aux années ont été bouturés par nos grands-parents. Alors que les rosiers greffés sur Rosa multiflora ne vivront pas plus de 5 ans dans les jardins (et les professionnels le savent très bien !). Pourtant ils envahissent scandaleusement de nombreux points de vente car leurs aspects spectaculaires attirent les acheteurs.
  • Un rosier plus florifère car les nouvelles pousses à fleurs se font plus spontanément et sont moins exigeantes en taille.
  • Un rosier aux racines  s’adaptant aux sols que le jardinier leur donne, en profondeur si cela est possible ou en surface s’il le faut. Alors que les porte-greffes seront à sélectionner selon les terrains.
  • Un rosier permettant une production hors-sol et des plantations sur toute l’année du fait de leur cycle de culture beaucoup plus court. Les rosiers greffés cultivés en pleine terre doivent être plantés exclusivement en racines nues, alors que cette règle est détournée par des arrachages prématurés en août et des conditionnements trompeurs pour les magasins revendeurs (autre scandale de la profession !).

Et pourquoi le cacher : bouturer des rosiers est accessible à tous. Cette pratique peut s’effectuer de mai à septembre en prélevant sur les pousses de l’année, ce qui s’appelle un bouturage en semi-ligneux. Je vous conseille d’utiliser des pots biodégradables en tourbe compressée disponibles dans  les rayons jardin, avec un mélange terreau et sable bien drainant. Une bouture à trois yeux : l’oeil de la base sans feuille est planté pour émettre des racines et les deux autres yeux,  avec des feuilles réduites pour limiter la transpiration, donnent les premières pousses. Les boutures sont placées à « l’étouffée » : chaleur et forte hygrométrie. Soit vous êtes équipé comme « un pro » avec un système de brumisation automatique sous serre, soit vous faites un petit abri plastique en aérant de temps en temps. Mais pas d’exposition trop forte aux rayons du soleil sinon tout brûle ! En trois semaines  le processus d’émission de racines s’enclenche et l’avantage des petits pots en tourbe est que les racines les transpercent. Les boutures du printemps peuvent être plantées dès l’automne alors que les suivantes attendront sous abri que l’hiver passe . Deux à trois années sont nécessaires à ces jeunes rosiers pour s’installer et développer ensuite des pieds très ramifiés car les racines peuvent drageonner vigoureusement.

Les rosiers anciens, galliques, rugosas, chinensis, les rosiers lianes, les grimpants, les arbustes ou couvre-sols paysagers mais aussi de nombreux buissons donnent d’excellents résultats avec ce mode multiplication. Cette pratique permet de sauvegarder les rosiers avant qu’ils ne disparaissent des vieux jardins.

Un dernier conseil : contrairement à ce que vous pouvez encore lire dans certains livres, les rosiers achetés greffés doivent être plantés avec le point de greffe enterré de 10 cm. Cela quelque soit le porte-greffe que vous ne pourriez d’ailleurs pas identifier.  Cette technique permet « d’affranchir » le rosier qui va pouvoir émettre ses propres racines sur les branches situées sous terre comme une marcotte !

 

1-Yohan Strauss 2

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2 Responses to Bouturage ou greffage des rosiers ?

  1. sabine dit :

    merci de ces précieux conseils.
    Je suis dans les Vosges
    J’ai fais au printemps , une 10ène de boutures sur un rosier ancien ,couleur rose, très parfumé, petites roses poussant par  » grappes de 4,5,très florifère. Une bouture a meme pris dans un pot avec beaucoup de vieux fumier + sable ,bien arrosé et à l’abri du fort soleil.
    Mais quand les tiges donneront elles des rose? déjà l’année prochaine? et surtout je me demande si les fleurs seront les mems ou bien seront elles plus proches d’une églantine?
    merci de votre réponse

    • Jean-Yves dit :

      Bonjour,

      Avec le bouturage vous avez la certitude d’avoir exactement les mêmes roses. Et dès l’année prochaine vous aurez des fleurs. Planter cette bouture en pleine terre au printemps 2015.

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